"Ce que la photographie reproduit à l'infini n'a eu lieu qu'une fois"


Roland Barthes



mercredi 27 juillet 2011

Jean

©Noémie Crabbe
De retour de ma balade quotidienne avec Bicoz, arrivant sur les dunes de la Mauvaise, je vois au loin un homme tailler l'herbe avec sa faux. Je m'approche, reconnaissant Jean, un des anciens du village, habitué du bar où je travaille pour la saison. L'année dernière déjà, nous avions un peu discuté : comment lorsqu'il était petit, il fut du jour au lendemain forcé d'abandonner son breton natal pour apprendre le français ; comment lorsqu'il avait une dizaine d'année, il a vu sa campagne envahie par les forces allemandes. Je vais le saluer, il m'explique qu'il ramasse de la luzerne pour ses lapins. Il en a neuf. Il me parle du temps, comment les saisons foutent le camp, que c'était pas comme ça quand il était jeune, quand il partait à pied pour l'école à quelques kilomètres d'ici. Il aime pas trop tuer ses lapins, qu'il me raconte Jean. En ce moment, il a un petit lapin. C'est mignon, qu'on se dit. Il a des vaches aussi, qui meuglent durant toute la nuit quand on leur retire leurs petits. Il m'a encore parlé de la seconde guerre mondiale, de comment avec ses copains, à l'école, ils ont tendu un piège aux soldats, comment ils ont fait capoter le parcours de leur charrette. Je n'ai pas tout bien compris des détails, il marmonne un peu le petit Jean. Mais on s'accorde sur le fait que c'était dangereux, que s'ils avaient su ça les soldats de l'Alliance, ils les auraient sûrement tué. Leur instituteur lorsqu'il l'a su, les a félicité d'être de si bons patriotes. Je l'imagine bien ce petit homme si frêle, qui devait alors pas être bien plus épais. Préparer du haut de ses 12 ans, une embûche à ces soldats qu'ils méprisaient comme chaque enfant méprise alors tout représentant de l'autorité. Alors quand ils sont pas bretons de surcroît...

Je lui demande si je peux le prendre en photo. Il se remet a tailler sa luzerne, à l'entasser sur son petit chariot. Il est content et sûrement un peu fier d'être le sujet de mon objectif.
Je t'en donnerai une, Jean.

2 commentaires:

  1. Belle, la photo ;
    beau le texte...
    Merci !
    PierrePapa

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  2. La fatigue m'emporte ce soir, je me suis même laissé pleurer dans tes lignes. C'est qu'il est beau ton texte: tu lui demandera à jean comment il fait pour prendre le temps? Par ce que moi: il file entre mes doigts.
    bizou ma soeur. Fr

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